Intervention en séance de Claude BIRRAUX sur la ratification entre la France et le Canada sur l'exploration des champs d'hydrocarbures le 26/09/07
Ratification de l’accord du 17 mai 2005 entre la France et le Canada
sur l’exploration et l’exploitation des champs d’hydrocarbures transfrontaliers
Projet d’intervention de Claude Birraux
mercredi 26 septembre à partir de 16 H
Monsieur Le Président,
Monsieur Le Ministre,
Mes Chers Collègues,
L’accord du 17 mai 2005 que vous nous proposez de ratifier, Monsieur le Ministre, porte sur la coopération franco-canadienne en matière d’hydrocarbures.
Je ne rentrerai pas dans le détail de cet accord, le rapporteur l’a très bien fait. Mais cet accord nous inspire principalement deux réflexions :
Premièrement, il offre des perspectives de développement économiques particulièrement intéressantes pour l’archipel de Saint-Pierre et Miquelon.
Deuxièmement, il pose la question de la délimitation du domaine maritime français.
A cet instant de mon intervention, je tenais à saluer l’action constante de notre collègue, Gérard Grignon, qui, au cours des précédentes législatures, s’est exprimé à de nombreuses reprises dans cet hémicycle et a défendu, avec cœur et détermination, la préservation des intérêts de Saint-Pierre et Miquelon qui sont aussi ceux de la France. Il a tenu aujourd’hui à être présent pour la discussion de cet accord, ce qui atteste tout l’intérêt qu’il porte à ces questions.
Dans le contexte mondial énergétique que nous connaissons, cet accord revêt une importance économique capitale pour la France et pour l’archipel de Saint-Pierre et Miquelon.
La zone économique exclusive française est, en effet, située en plein cœur de réserves importantes d’hydrocarbures offshore, principalement de gaz.
Les provinces atlantiques comme Terre Neuve et la Nouvelle Ecosse qui, tout comme l’archipel, ont souffert de la crise de la pêche sont aujourd’hui en pleine croissance économique, compte tenu des retombées financières de l’exploitation des champs d’hydrocarbures (transformation de l’aéroport d’Halifax, développement des ports de Terre-Neuve pour l’avitaillement des plates-formes…)
Il y a deux ans, leur taux de croissance était de 6 %. A titre de comparaison nous prévoyons, en France pour 2008, une croissance de 2,2% ! C’est une véritable opportunité. L’exploitation des gisements de pétrole et de gaz étant en pleine expansion dans ce secteur géographique, il est tout à fait normal que Saint-Pierre et Miquelon bénéficie d’une partie de ces ressources transfrontalières.
C’est un enjeu vital pour l’archipel, pour nos 7.000 compatriotes. C’est l’avenir économique de Saint-Pierre et Miquelon qui en dépend.
Comme vous le savez, Monsieur le Ministre, l’activité économique de l’archipel, uniquement orientée vers la pêche et la transformation de la morue, est en déclin en raison de la délimitation de la zone économique exclusive (secteur où la ressource halieutique est peu importante) et des quotas de pêche, très bas, fixés par les autorités canadiennes.
L’exploitation des hydrocarbures permettrait donc de diversifier l’activité économique de l’archipel. Encore faut-il être certain que la loi canadienne sur le cabotage, l’Atlantic act, ne s’applique pas dans les zones transfrontalières d’hydrocarbures. C’est un point important pour le développement de l’activité portuaire de l’archipel en matière d’avitaillement des plates-formes.
Cet accord revêt également une importance extrême car il pose la question du plateau continental.
C’est là un sujet de droit maritime international complexe et, pour nos relations avec nos voisins canadiens, diplomatiquement sensible.
Or, l’accord peut avoir de graves conséquences pour notre prétention à nos droits sur le plateau continental comme le prévoit la convention des Nations-Unies sur le droit de la mer. Elle permet à la France de revendiquer l’extension de sa juridiction, au-delà des 200 milles marins, jusqu’à la limite du plateau continental.
La détermination du champ spatial de l’accord pose, en effet, problème, notamment au sud du « couloir » déterminé par la décision du Tribunal de New-York du 10 juin 1992, décision reconnaissant à la France le droit de disposer d’une zone économique exclusive.
L’imprécision et l’ambiguïté des termes employés dans l’accord risqueraient de faire obstacle à nos droits sur le plateau continental. L’Etat français doit être vigilant sur ce point et cette partie de l’accord doit faire l’objet d’une déclaration interprétative.
En tout état de cause, Monsieur le Ministre, la ratification de l’accord du 17 mai 2005 ne peut être considérée comme une renonciation de la France à ses droits à l’extension du plateau continental et nous souhaiterions avoir les assurances du Gouvernement sur ce point.
D’autre part, la demande d’extension du plateau continental au large des côtes de l’archipel de Saint-Pierre et Miquelon, au-delà des 200 milles marins, doit être déposée avant mai 2009 auprès de la commission des limites du plateau continental (CLPC).
Dans cette perspective, la France doit pouvoir mener à bien les recherches scientifiques marines nécessaires à l’établissement de sa demande. Des relevés scientifiques, programmés dans le cadre des campagnes EXTRAPLAC, doivent être effectués dans les eaux sous juridiction canadienne et une approche concertée entre la France et le Canada s’impose.
Nous souhaiterions savoir, Monsieur le Ministre, si la France a bien l’intention de déposer ce dossier en dépit du refus du Canada de reconnaître les droits de Saint-Pierre et Miquelon à un plateau continental prolongé et des menaces qu’il fait peser sur l’avenir de la négociation des accords de coopération régionaux. Le Gouvernement, sous la précédente législature, s’y était engagé.
Pourriez-vous nous préciser quel est l’avancement du dossier et des discussions avec le Canada afin que l’IFREMER puisse entreprendre ses relevés dans les meilleurs délais ?
Car, si la France ne dépose pas ce dossier, la zone économique française sera enclavée dans l’espace canadien et, à terme, c’est la présence française dans cette partie du monde qui risque d’être compromise.
Je vous remercie.


